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AurelieT, la route cahoteuse de l'assistanat

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mercredi 25 février 2009

"La Lettre de Motivation"

Monsieur, veuillez trouver, là, ma candidature,
Espérant qu’elle n’ira pas au vide-ordures.
Assistante secrétaire, les temps sont durs,
Ca ne dat’ pas d’septembre, ça je vous l’assure.

Lorsqu’on lit la longue liste de mon CV,
Certains remettent en cause ma stabilité,
Mais si je n’acceptais pas tous les CDD,
Dites-moi donc qui je pourrais intéresser ?

Monsieur, veuillez trouver, là, ma candidature,
En vous en souhaitant une bonne lecture.
J’ai travaillé parfois dans une Préfecture,
Ou chez un maraîcher, les pieds dans la verdure :

Je ne supporte pas de rester trop longtemps
A bien tourner en rond dans mon appartement.
Les lettres et les CV, ça va un certain temps,
Mais tout cela devient lassant rapidement.

Monsieur, veuillez trouver, là, mon curriculum,
Je suis désolée si la liste vous assomme !
Je suis une femme de nature autonome,
Entre la compta, le BTP, je slalome.

Et puis j’ai fait mises sous plis et inventaires,
Les prospectus qui sont une mauvaise affaire,
Mais avant tout je suis souvent la secrétaire,
Dépanne pendant les congés des titulaires.

Monsieur, je vous remercie d’avoir appelé :
Nous nous rencontrerons à la date fixée
Et le Chômage à Durée Indéterminée
Aura peut-être enfin une fin programmée… ?

AurelieT, 25/02/2009

lundi 24 mars 2008

"Ca sarcle aussi... car ça cause, dis !" (épisode 2)

Pour relire l'épisode précédent, cliquez ici.

Un an plus tard, rien n’a changé
A part ta femme qui s’est barrée
Carla est ta nouvelle conquête
Elle te mène à la braguette !
Ses ventes de disques ont dû chuter
Car on ne peut plus l’encadrer…
Quand elle aura eu ce qu’elle veut,
Elle s’en ira vers d’autres yeux,
Peut-être aux States où elle démarre,
Elle y larguera ses amarres.

Et tout penaud, tu te plaindras,
Tu f’ras la Une des médias,
Comme d’habitude, cela dit,
Ca sarcle aussi, car ça cause dis !…

En parlant d’eux, ils causent de toi,
Mais peu de ce qui ne va pas,
Car aujourd’hui rien n’a changé :
Seul ton salaire a augmenté !
« Travaillez plus ! », oui mais bien sûr !
C’est fou c’que ça peut rapporter !
En intérim, c’est pas trop dur,
Vu qu’on not’ tout sur nos rel’vés.
Mais le salaire n’fait pas un bond,
J’suis pas Sarko, j’suis Tartampion…

Et le chômage se trouve en baisse,
Bien sûr, tu as fait de ces prouesses !
Lorsque je vois ces beaux contrats
Renouvelés à la semaine,
Franchement, tu m’excuseras,
Mais la stabilité est très en peine.

C’est si facile de fauter
En faisant bosser sur un chantier
Pendant une semaine, puis deux.
La troisième, c’est très facile
On dit que l’gars va sur l’même lieu
Mais l’chantier change, sans une tuile.
Il sera donc au même endroit
Pendant peut-être plus d’un mois,
A coups de contrats d’une semaine,
Précairement sans une peine !

Rien n’va très bien, Monsieur le Président,
Rien n’va très bien, rien n’va très bien,
Mais à par ça, tout ce que l’on ressent,
C’est que ce qui change c’est rien !
Dis-moi franch’ment quand ça ira,
Quand le précaire ne s’ra plus là ?
En attendant, Monsieur le Président,
Rien n’va très bien, rien n’va très bien.

Excuse-moi mais bac+2
Ca n’sert à rien sous nos beaux cieux !
Ca fait bien beau sur le CV
Mais la plac’ vient à manquer :
Une vingtaine d’entreprises
Parcourues en moins de quatre ans
Ca fait beaucoup, la belle reprise !
Stabilité c’est pas maint’nant…

Alors cesse tes beaux mensonges
Ou la révolte grondera
Il ne suffira pas d’un songe
Pour qu’on se calme face à ça…

AurelieT, 24/03/2008

jeudi 6 septembre 2007

"L'Intérimaire"

Le premier jour, je dis « bonjour », j’connais personne
Je fais le tour, on me présente et on m’assomme
De l’histoire de la société, des noms des gens que j’vais croiser,
Et puis de tout ce que j’aurai à effectuer.

Le deuxièm’ jour, je dis « bonjour », j’connais les têtes
Mais les prénoms sont encore flous il faut l’admettre
Je fais des faut’s, on m’les corrige et on m’explique
Comment il faut s’y prendre, côté technique

Le troisièm’ jour, je dis « bonjour », quelques prénoms
Commencent à rentrer mais je marche à tâtons,
On est toujours à m’expliquer les divers’s tâches,
Je prends des not’s sur un cahier, ça reste vaste.

Le quatrièm’, je dis « bonjour » de bonne humeur,
Tout se pass’ bien, je continue au gré des heures
A intégrer les renseignements qu’on me donne,
Voilà, je gère presque tout et je m’étonne.

Le cinquièm’ jour, je dis « bonjour » un’ dernière fois
A celle qui part en vacances ce soir-là,
Je gère standard, courrier, coups d’bourre comme il le faut
Elle s’en ira tranquille en laissant le flambeau.

Lundi suivant, j’ai un peu peur, il faut l’admettre,
Vais-je y’arriver ? La boule au ventre, il faut s’y mettre.
La journée passe, sans problème à l’horizon,
Je gère simplement les chos’s à ma façon.

Au fil des jours j’ai retenu tout le p’tit monde,
J’suis intégrée, il se peut mêm’ que je réponde
Au supérieur qu’a un caractèr’ un peu vache
Qui s’amuse à râler à chaque occas’

Et peu à peu, je m’attache aux défauts d’chacun
Je gère mon travail et je me sens bien.
Je commence même à rigoler parfois
Au téléphone face à ceux qui m’connaiss’nt pas.

Tous les midis je mange avec l’un des collègues
On s’conte nos vies, on s’parl’ de tout, bref je m’intègre,
Au bord du lac qu’est pas bien loin, nature tranquille,
Le p’tit sandwich du midi, plaisir futile.

Mais un matin, la vacancière est de retour.
Je l’avais presque oubliée, et c’est toujours
Lorsqu’on n’a plus envie d’partir qu’il faut rentrer
Mêm’ si on a du plaisir à la retrouver.

Le dernier jour, on dit « au r’voir » une dernièr’ fois
En leur disant que sans doute on se reverra
Qu’on se donnera des nouvell’s régulièr’ment,
En se souhaitant tout le meilleur, réciproqu’ment.

Et une fois que c’est fini, la boule au ventre,
Me voilà repartie, il faut bien que je rentre…
Je laisse encore derrière moi une maison,
Des liens, des vies, des documents avec mon nom.

AurelieT, 06/09/2007

mercredi 13 juin 2007

"Ca sarcle aussi... car ça cause, dis !" (épisode 1)

En tout début de matinée
Tu cours dans l’bois et tu souris
Pour Paris-Match, VSD,
Et le Voici que lit mamie

Les objectifs crépitent autour
Car ta personne aim’ s’exhiber
« Oh, flashez-moi mes p’tits amours !
Je suis un gros mégalo né »

C’que j’sais c’est que t’as intérêt
A construir’ des maisons d’retraite
Sinon t’es sûr qu’pépé-mémé
Ils voteront pour ta défaite

Ce s’ra ta fête, de ce fait…

Tes phrases les ont convaincus
Quand tu causais du temps d’travail
Mais faut croir’ que tu t’souviens plus
Des p’tits salair’s, sacrée canaille !

Les petites mains boss’nt pour les autres
Sur un temps d’plus en plus réduit
Les grands regardent leurs apôtres
Partis occuper tout’ l’Asie

En attendant, pour ta gouverne,
Les heur’ sup’ tout l’monde en fait
Mais il faudrait que tu comprennes
Qu’ell’s sont très rarement payées

Faut t’réveiller, ohé…

La vie d’famille, c’est important
T’as montré tout’ la maisonnée
Le jour où, élu président,
Tu es entré à l’Elysée

Ta Cécilia, ah, tu y tiens,
Mais ça ne sembl’ pas réciproque,
Pas elle qui fera son p’tit chien
En restant collée à ton froc

Elle préfère l’anniversaire
Du chérubin qui a vingt ans
A la balade entre mémères,
Entre femmes de présidents

Apparemment…

J’dis pas qu’à gauche ils sont tous clean
Qu’ils n’font pas un pet de travers
La gauche caviar n’est plus très « in »
Avec l’esprit d’avant la guerre

Mais la Ségo, elle aurait pu
Etre un tout petit peu moins pire
Même si Hollande l'a faite cocue
J’aurais plus cru en l’avenir

Parc’qu’avec toi c’est du rigide
« Tais-toi et marche sur la ligne »
La liberté foutra le camp
Les règles dicteront présent

J’espère que nan…

J’espèr’ que je me suis trompée
Que ce que j’dis n’est pas si vrai
Peut-êtr’ qu’au fond de toi, au fond,
Y’a quelque chose qu’est resté bon

J’m’en fais mon vieux, mais réfléchis
Quand on vit vraiment le chômage
Lorsqu’on se bat pour la survie
On ne voit pas la même image

Qu’un avocat bourré d’argent
Qui vit enfermé dans sa sphère
Depuis longtemps, bien trop longtemps
Et s’souvient plus de la galère

De notre enfer…

AurelieT, 07/06/2007

lundi 22 janvier 2007

"Henri Grouès, ou l'Abbé Pierre"

Tu es né au mois d'août de l'an mil neuf-cent douze
Dans ta famille bourgeoise de huit enfants.
On t'élève et on t'aime, doucement tu découvres
La vie sur notre Terre où tout n'est pas tout blanc.

Depuis ton enfance, tu connaissais ta vie :
Toujours tu lutterais contre la pauvreté.
A dix-huit ans déjà tu distribuais
Les biens que tu avais aux gens plus démunis.

Pourtant tu aurais pu rester dans de la soie,
Dans ta famille aisée, à ne voir l'extérieur,
Mais tu faisais partie de ceux qui n'ferment pas
Les yeux sur ceux qui vivent le plus grand malheur.

Pendant l'Occupation, tu fus un Résistant,
Possible qu'un jour tu aies croisé mon grand-père
Au milieu du maquis, luttant contr' les all'mands
Ou bien en Algérie, vers la fin de la guerre...

La politique n'était pas ta meilleure arme
Aussi tu tenteras juste quelques années
Avant de tirer une sonnette d'alarme,
Transformant en auberge un' maison délabrée.

C'est ici qu'Emmaüs a enfin vu le jour ;
Ainsi les chiffoniers se donneront la main
En tentant d'avancer comme les troubadours
Pour pouvoir assurer de meilleurs lendemains.

En hiver cinquant'-quatre, une fillette meurt
Dans un grand bidonville de Neuilly-Plaisance
Tu invites un ministre à voir cette souffrance
Il y verra lui-même l'ampleur du malheur

Le premier février, une femme décède
A soixante ans à peine, après son expulsion,
Boul'vard Sébastopol, il fait froid et il gèle
L'hypothermie sera son dernier compagnon.

Tu lanceras alors un appel au secours
Aux gens qui ne voient pas ce qui peut arriver
Ce jour ils tiendront compte de ton grand discours :
Ainsi les gagnera la solidarité.

Les années se succèd'nt, se ressemblant pourtant :
De nouveaux pauvres arriv'nt de par le chômage
Les années quatre-vingt, on va en distribuant
La soupe populaire aux pauvres de tous âges.

Tu donneras aussi la main aux immigrés,
Aux sans-papiers voulant régularisation,
En te joignant au jeûne de ces "déboutés
Du droit d'asile" ainsi qu'aux autres exclusions.

Les français t'ont élu quinze années de suite
Leur français préféré, contre quarante-neuf autres
Mais tu préfèreras laisser ta place ensuite
A la jeunesse arrivant, cédant ta place aux autres

Non, on ne t'a pas vu lorsque les tentes étaient
Cet hiver alignées le long de tous les quais,
Mais d'ton lit d'hôpital tu t'en inquiétais bien
En ne te souciant pas de ton propr' lendemain.

T'es parti aujourd'hui avant que le soleil
N'arrive à ta fenêtre, vers cinq heure et d'mi,
J'espère que Saint-Pierre, s'il existe aussi
T'accueille et te réserve un bonheur sans pareil.

AurelieT, 22/01/2007

samedi 12 novembre 2005

"Te souviens-tu, Mamie ?"

Dis-moi, depuis ta chambre, à quoi peux-tu penser ;
A la guerr’ qui avance bien que terminée ?
Durant ces si longs jours où tu marches sans cesse
Sans trouver un détour à toute ta tristesse
Les fois où tu sais bien qu’les souvenirs s’en vont
Doucement, un à un, si bien que ta maison
Ne semble plus la tienne malgré cinquante années
Dans ce petit domaine où tes enfants jouaient.

Te souviens-tu du temps où tout était si beau
De tous ces bons moments à jouer aux petits ch’vaux
Tandis qu’Papi dormait pendant l’après-midi
Ensemble on s’occupait, te souviens-tu Mamie ?

Avant tu demandais si j’étais en vacances
Scolaires quand je venais , alors que la tendance
Etait à ce chômage et recherch’s entêtées
Avant que ça s’aggrave et qu’tu veuilles t’évader
En inquiétant Papi qui n’en parlait pas trop
Et que la maladie a mis sur le carreau
Ca a dû le ronger lentement, à feu doux
L’embolie arrivée, on t’a mis’ chez les fous

Te souviens-tu du temps où je t’aidais parfois
Avec mes mains d’enfant à préparer des plats
Ecrasant les patates avec espièglerie
Petite maladroite, te souviens-tu Mamie ?
Aujourd’hui tu t’promèn’s parfois dans le jardin
En sachant qu’on t’ramèn’ toujours à ce même point
Une chambre aux murs blancs avec quelques photos
Dont tu n’sais plus vraiment les prénoms principaux
"« Mais mon Bon Dieu pourquoi on me colle ces gens"
"Que je ne connais pas, ni d’Eve ni d’Adam ?"
"J’veux rentrer chez Papa, dans ma maison d’enfance"
"Je ne resterai pas longtemps dans cette errance… »"

Te souviens-tu des fois où l’on se promenait
Où je courrais parfois cueillant les glands et baies,
Avec mon innocence de petit cabri
Pendant les grand’ vacances, te souviens-tu Mamie ?

Pourquoi les souvenirs les plus récents s’en vont ?
Dès que l’on va partir, tu nous oublieras donc
Jusqu’à ce qu’on revienne, faisant briller tes yeux
Mêm’ s’ils ne savent pas qui se trouv’ face à eux
Et Papi, dans tout ça, finira seul au monde
Tristesse dans les yeux où les larmes abondent
Avant que vous partiez chacun à votre tour
Et vous réunissiez au Paradis d’Amour…

AurelieT, 11/11/2006